dimanche, juillet 16, 2006

Vacances

Nous partons en vacances demain matin. Quelques jours à Paris puis deux semaines en Equateur à l'occasion du mariage de Pierre, un ami de Jean-Sylvain. Dorian reste à Tunis avec ses grand-parents, Henry et Laurette, mais personne ne sera en mesure d'alimenter ce blog jusqu'au 5 août. Bonnes vacances à tous !

samedi, juillet 15, 2006

L'arbre des Kouchakji

La première version de l'arbre des Kouchakji est consultable à l'adresse suivante : http://gw.geneanet.org/cecilek1. Pour l'instant, je n'ai recensé que 23 personnes et moi-même, je n'y figure pas. Pour ceux qui ne savent pas, je suis la fille de Laure Robert, née Kouchakji, mais que tout le monde appelle Laurette. Nous sommes trois dans ma génération.

Fred & Julie, dès que vous m'avez envoyé vos dates de naissance exactes - ainsi que celles d'Elisabeth et de Danièle - je vous intègre dans l'arbre !

Tous les autres, n'hésitez pas à m'envoyer toute information susceptible de compléter cet arbre !

vendredi, juillet 14, 2006

Arbre généalogique

Sur les conseils d'Hervé, je me suis lancée dans la réalisation d'un arbre généalogique. J'ai fini par trouver sur le site internet www.genealogie.com le moyen de créer l'arbre des kouchakji, et sur le site www.geneanet.com la possibilité de le rendre accessible gratuitement. Malheureusement, ce soir je n'arrive pas à procéder au transfert. Demain peut-être.

En attendant, aujourd'hui je poste le 6e épisode de la vie d'Henri Kouchakji.

jeudi, juillet 13, 2006

Ma Vie - 6

Henri raconte dans ce passage quelques unes des mesaventures qu'il vécut au moment de leur installation à Saint-Mandé...

J’aimais beaucoup les sucreries et l’épicière du quartier avait en moi un client assidu. Les bocaux de bonbons étaient rangés dans la vitrine et à la caisse et ne sachant de français que « donnez-moi ça », chaque jour j’allais acheter une qualité différente, de sorte qu’un jour, ayant épuisé toute la série, il en restait une qui me paraissait chère – pour la quantité qu’on donnait. C’était des cubes enveloppés dans du papier coloré et qui m’intriguaient. J’en achetai un pour le goûter et arrivé à la maison, j’essayais de le casser avec mes dents. Le trouvant trop dur, j’essayai le pilon et croyant que ce fut un genre de coco, je le fis fondre dans l’eau et m’apprêtais à la boire. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque je le trouvai amer. Je jetai un cri qui fit frémir mes parent. Lorsqu’ils virent que j’essayai de boire quelque chose, ils y goûtèrent aussi et le trouvèrent horrible. Je ne cessai de dire « saleté, saleté ». Le lendemain, l’épicière demanda à ma sœur ce que j’avais fait du cube. Lorsqu’elle sut que c’était du bouillon kub. Elles rirent de bon cœur.

Un autre jour, à court d’argent, je sortis de vieilles pièces turques en bronze, valant un centime. Mais voyant qu’elles étaient trop petites pour être utilisées, je découvris le secret de les agrandir. Je les plaçais sur les rails de tramway qui passait devant notre maison et à mesure que le tram passait dessus, ma pièce s’agrandissait. Plusieurs pièces furent ainsi utilisées pour des achats divers. Mon amour des bonbons était tellement développé que pas une marchande du Bois de Vincennes ne m’était inconnue. Lorsque j’étais absent, on demandait de mes nouvelles, ce qui faisait dire à mes parents que j’étais célèbre à ma façon. Heureux temps où l’on ne pensait qu’aux menus plaisirs.

Il m’arriva cependant un jour une épouvantable épreuve qui m’amena de nombreuses sympathies même des responsables. Mon frère aîné qui se trouve âgé de quinze ans de plus que moi, l’homme qui nous paraissait et qui était le plus élégant de sa génération me faisait faire toutes les courses. Y avait-il une boîte de cigarettes, y avait-il une commission, un achat à faire, c’était moi qui les lui faisait. Je lui cirais les chaussures, naturellement moyennant finances, lui brossais les pantalons. J’avais dix ans. Un jour, c’était dimanche, je m’apprêtais à aller à la messe lorsqu’il me demanda de l’aider à nettoyer sa bicyclette. Je refusai net alléguant mes devoirs religieux. J’ignore en quels termes je formulai mon refus, parce qu’une colère épouvantable s’acharna sur moi. Il se leva et voulut me battre, mais la peur me fit prendre la fuite. Je courus à toute vitesse et je prie la route du lac Daumesnil et durant la longue distance de ce tour je ne me laissai point attraper. Mon frère retourna à la maison tout penaud. Je revins aussi mais au lieu d’aller au logis, je pris celui de nos charmants voisins et propriétaires, Monsieur et Madame Lagneau, tous deux décédés mais que Dieu les bénisse. Ils me donnèrent l’hospitalité, me firent répéter mon histoire et allèrent en informer ma famille. Je ne sais ce qui s’est passé mais revenant de promenade avec eux l’après-midi, je me sentis saisir par le fond de la culotte et emporté à la maison où mon frère m’octroya une de ces fessées dont le mordant est resté vivace jusqu’à présent. C’est la seule que je reçus de ma vie.


A suivre ...

samedi, juillet 08, 2006

Saint-Mandé 1910

Dans Ma vie (5), le récit évoque l'installation de la famille Kouchakji à Saint-Mandé. Sur cette photo, on pourra reconnaître de gauche à droite : Henri, Ajiba, Mme Lagneau, la femme du maire de Saint-Mandé [voisin et propriétaire de la maison où les Kouchakji fixent leur résidence à leur arrivée en France], Emile assis sur une chaise basse, Edouard, Angèle, la fille ainée, Emilienne et Marie. Au moment où la photo est prise, Georges et Fahim, le fils aîné, vaquent probablement à leurs affaires dans le quartier de l'hôtel Drouot.

Ma vie - 5

J'ai numérisé quelques photos, prises avant le départ de Syrie au début du siècle dernier, qui illustrent le récit autobiographie de mon grand-père. Vous avez déjà découvert celle prise à Saint-Mandé, deux autres sont en ligne dans Ma vie (3) et Beyrouth 1904.

Ma vie (5) / Henri Kouchakji, 1932

Notre voyage à travers la Méditerranée fut une source de gags dignes de films muets. Mon frère aîné a dû faire empaqueter tout notre mobilier et vous devez vous doutez de son importance : tapis, matelas, pendules, ustensiles de cuisine, comme si nous allions dans un désert. Il fallut changer de train à Zahlé au Liban et prendre le train à crémaillère pour Beyrouth, prendre le bateau via Alexandrie pour débarquer à Marseille. Il y avait ma mère et mes six frères et sœurs, tous jeunes et bouillants. Ce fut affolant pour mon frère Fahim qui n’avait que vingt quatre ans et une drôle de responsabilité. A chaque instant, l’un de nous avait besoin de quelque chose. Il fallait satisfaire tout le monde et parler pour nous, car personne ne savait un traître mot de français. Après avoir pris notre premier repas en France, à Marseille, qui se composait d’un steak pommes frites que nous avons largement apprécié, nous arrivâmes à la gare de Lyon le 10 octobre 1910. Mon père s’y trouvait avec son secrétaire, nommé Gublleay ( ?), un juif, charmant homme – et je me rappelle qu’il nous plut davantage que mon père. Il était doux, sensible, bon, de très bonne famille alépine. Mon père l’aimait beaucoup et appréciait ses services qui furent toujours sages et honnêtes.

Ils nous conduisirent tous deux dans deux fiacres différents à notre demeure qui se trouvait être une villa à Saint Mandé près de la porte Dorée. Le temps était beau et ensoleillé. Le chemin nous parut couvert de verdure. C’est cela que tout oriental remarque en arrivant à Paris. Seulement quelques jours après notre arrivée, mes sœurs au nombre de trois commençaient à se plaindre – elles avaient respectivement vingt et un, seize et treize ans et à part la cadette, elles ne savaient pas un mot de français. L’aînée, Angèle était jolie et avait une voix merveilleuse, elle gardait cependant les marques de la petite vérole qui ne lui gâchaient pas sa beauté. La cadette, Ajiba, était une fille jolie, douce, intelligente, avec de beaux cheveux noirs sur une peau blanche, de très beaux yeux. Mes parents espéraient lui faire faire un beau mariage. Toutes trois réalisaient des travaux d’aiguille réellement admirables. On s’extasiait devant leurs œuvres. Quant à moi et mes deux autres frères, respectivement âgés de six, neuf et douze ans, nous ne nous rendions pas très bien compte du changement qui s’était opéré, à part l’éloignement de nos petits amis laissés à Alep, notre ville natale. Nous avions vite trouvé des amusements qui nous faisaient oublier notre pays. Nous nous disputions souvent et mon frère Edouard me battait sans que je ne lui fis rien de blâmable. Le sort ne m’avait pas trop doué, j’étais leste, agile mais j’étais moins fort que mon frère ou plutôt moins sujet à la brutalité. A la moindre occasion, je recevais une correction qui me chagrinait sans toutefois altérer mon caractère.


A suivre...

vendredi, juillet 07, 2006

Beyrouth 1904

Dans Ma vie (4), Henri évoque rapidement les raisons de leur départ. On comprend que le père a d'abord quitté Alep pour être ensuite rejoint par sa femme et ses enfants. Cette photo, prise en 1904 à Beyrouth, illustre probablement le départ de Georges pour la France. A l'occasion de ce départ qui ne se voulait pas encore définitif, on imagine qu'Emilienne accompagne son mari d'Alep jusqu'au port de Beyrouth d'où il doit embarquer pour Marseille. Avant ce long voyage, ils posent sur cette photo, la seule image de leur couple que j'ai retrouvée.

Photo de Georges et Emilienne Kouchakji [16,5 x 11 cm.- colorisée à la main], mes arrières grands-parents. Au dos : deux lignes en arabe que je n'arrive pas à déchiffrer, hormi la mention de date - 1904
© Cécile K.

lundi, juillet 03, 2006

Ma vie - 4

Pourquoi les Kouchakji ont-il quitté Alep en 1910 ? Le récit d'Henri n'en dira pas long sur les motifs de ce départ, nous savons qu'il est lié à l'activité du père et au commerce des antiquités : "Frères Kouchakji", installés à Alep, New-York et Paris et leur calice d'Antioche.

Ma vie (4) / Henri Kouchakji, 1932

Combien de faits j’oublie. Chaque enfant a des histoires amusantes et drôles. Je fus comme tout le monde, mais de grâce, si ces choses ne vous amusent pas, laissez-moi rire de mes vieux souvenirs que j’aime à renauder. Adieu jeunesse, splendeur de la vie, temps où le souci est bien minime auprès de ceux de l’avenir.

L’histoire du départ de mon pays natal est bien complexe, je n’en dirais que le strict nécessaire. Mon père avait quitté la Syrie où il jouissait d’une honorable position dans l’administration turque pour trafiquer au métier des antiquités. Il partit quelques mois après la naissance de mon jeune frère dont nous sommes séparés de trois ans. Je ne le connaissais donc pas lors de son départ, j’étais trop jeune pour me rappeler avec exactitude les visages. Ma mère qui était d’une très bonne famille d’Alep, catholique comme mon père, avait été élevée par un père d’une honnêteté et d’une piété proverbiales. Sa mère était douce comme elle et aussi intelligente. Lorsqu’elle quitta sa famille où elle ne connut que bonté et calme, elle ne savait point la pauvre, ce qui l’attendait dans la famille de son mari : trois beaux-frères et trois belles-sœurs comme peut-être l’humanité n’en a jamais produits. Un alepin les appelait calomniateurs types, des gens sans aucune tendresse. Mon père seul avec son plus jeune frère Habib étaient des exceptions et encore relativement. Mais que ne pardonnerait-on pas à des hommes, qui malgré leur famille se sont fait honorer durant leur vie, même aimés par leurs semblables !

Bref, ma mère qui était restée avec ses enfants lors du départ de son époux pour Paris où il était resté pendant sept ans, ne pouvait plus endurer les affronts de ses beaux-parents. Un de mes oncles, un lâche, l’avait même giflée en pleine rue, ce qui lui mérita trois jours de prison et une lettre à mon père qu’un ami de la famille avait écrite. Mon père la fit alors appeler à Paris avec mon plus jeune frère et se mit d’accord pour que nous quittions tous la Syrie.


A suivre ...

dimanche, juillet 02, 2006

Ma vie - 3

Les Bleus viennent de gagner leur place en quart de finale du Mondial. Supporter l'équipe nationale derrière son poste de télévision est un exercice éprouvant sous la chaleur qui accable Tunis depuis quelques jours. Mais ce blog suscite des messages personnels, à défaut de commentaires partagés, qui m'encouragent à publier sans tarder le 3e épisode de "Ma vie".

Ma vie (3) / Henri Kouchakji, 1932

A l’école enfantine où l’on m’avait placé, je n’étais guère brillant, il est vrai que j’étais jeune, et je me vois à présent comme dans un épais brouillard, mais je me rappelle un malheur qui m’était arrivé pour une méprise.
Ma tante avait délégué pour nous garder un certain jeune qui, voyant un jour, un joli chapelet, celui de ma tante, sur la table du salon, se l’appropria et comme j’étais suspecté de toucher à des choses qui ne m’appartenaient pas toujours, je fus accusé. Ma tante demanda au maître de me punir sévèrement et je le fus en effet, car toute la matinée suivante, je fus attaché au fléau et bastonné toutes les heures. Lorsqu’à midi mes pieds étaient gonflés de douleur et que le maître sut que j’étais innocent, il fut bien attristé car il m’appela devant lui, me fit sourire, me demanda si j’étais capable de chanter une chanson que mon jeune frère venant de Paris m’avait apprise, intitulée « c’est la danse nouvelle, mademoiselle », ce que je fis moitié pleurant moitié riant. Il me tapota sur les joues, me donna un sou et cinq billes et m’embrassa. C’était mon premier drame.

Une autre fois, on me conduisit chez le photographe avec mon frère pour

y être photographié. Je possède encore cette photographie qui me fait toujours sourire par la vue de mes yeux écarquillés, mes cheveux en brosse, ma culotte un peu longue, mes souliers sales, un col qui me torturait. Et mon père qui l’avait demandée a dû bien rire en la voyant.

A suivre ...

Photo de Henri et Edouard Kouchakji. Au dos : fait à Alep (Syrie), 1908.
© Cecile K