Ma vie (3) / Henri Kouchakji, 1932
A l’école enfantine où l’on m’avait placé, je n’étais guère brillant, il est vrai que j’étais jeune, et je me vois à présent comme dans un épais brouillard, mais je me rappelle un malheur qui m’était arrivé pour une méprise.
Ma tante avait délégué pour nous garder un certain jeune qui, voyant un jour, un joli chapelet, celui de ma tante, sur la table du salon, se l’appropria et comme j’étais suspecté de toucher à des choses qui ne m’appartenaient pas toujours, je fus accusé. Ma tante demanda au maître de me punir sévèrement et je le fus en effet, car toute la matinée suivante, je fus attaché au fléau et bastonné toutes les heures. Lorsqu’à midi mes pieds étaient gonflés de douleur et que le maître sut que j’étais innocent, il fut bien attristé car il m’appela devant lui, me fit sourire, me demanda si j’étais capable de chanter une chanson que mon jeune frère venant de Paris m’avait apprise, intitulée « c’est la danse nouvelle, mademoiselle », ce que je fis moitié pleurant moitié riant. Il me tapota sur les joues, me donna un sou et cinq billes et m’embrassa. C’était mon premier drame.
Une autre fois, on me conduisit chez le photographe avec mon frère pour y être photographié. Je possède encore cette photographie qui me fait toujours sourire par la vue de mes yeux écarquillés, mes cheveux en brosse, ma culotte un peu longue, mes souliers sales, un col qui me torturait. Et mon père qui l’avait demandée a dû bien rire en la voyant.
A suivre ...
Photo de Henri et Edouard Kouchakji. Au dos : fait à Alep (Syrie), 1908.
© Cecile K

1 commentaire:
Merci Cécile, continue, c'est un régal.
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