Pourquoi les Kouchakji ont-il quitté Alep en 1910 ? Le récit d'Henri n'en dira pas long sur les motifs de ce départ, nous savons qu'il est lié à l'activité du père et au commerce des antiquités : "Frères Kouchakji", installés à Alep, New-York et Paris et leur calice d'Antioche.
Ma vie (4) / Henri Kouchakji, 1932
Combien de faits j’oublie. Chaque enfant a des histoires amusantes et drôles. Je fus comme tout le monde, mais de grâce, si ces choses ne vous amusent pas, laissez-moi rire de mes vieux souvenirs que j’aime à renauder. Adieu jeunesse, splendeur de la vie, temps où le souci est bien minime auprès de ceux de l’avenir.
L’histoire du départ de mon pays natal est bien complexe, je n’en dirais que le strict nécessaire. Mon père avait quitté la Syrie où il jouissait d’une honorable position dans l’administration turque pour trafiquer au métier des antiquités. Il partit quelques mois après la naissance de mon jeune frère dont nous sommes séparés de trois ans. Je ne le connaissais donc pas lors de son départ, j’étais trop jeune pour me rappeler avec exactitude les visages. Ma mère qui était d’une très bonne famille d’Alep, catholique comme mon père, avait été élevée par un père d’une honnêteté et d’une piété proverbiales. Sa mère était douce comme elle et aussi intelligente. Lorsqu’elle quitta sa famille où elle ne connut que bonté et calme, elle ne savait point la pauvre, ce qui l’attendait dans la famille de son mari : trois beaux-frères et trois belles-sœurs comme peut-être l’humanité n’en a jamais produits. Un alepin les appelait calomniateurs types, des gens sans aucune tendresse. Mon père seul avec son plus jeune frère Habib étaient des exceptions et encore relativement. Mais que ne pardonnerait-on pas à des hommes, qui malgré leur famille se sont fait honorer durant leur vie, même aimés par leurs semblables !
Bref, ma mère qui était restée avec ses enfants lors du départ de son époux pour Paris où il était resté pendant sept ans, ne pouvait plus endurer les affronts de ses beaux-parents. Un de mes oncles, un lâche, l’avait même giflée en pleine rue, ce qui lui mérita trois jours de prison et une lettre à mon père qu’un ami de la famille avait écrite. Mon père la fit alors appeler à Paris avec mon plus jeune frère et se mit d’accord pour que nous quittions tous la Syrie.
A suivre ...
lundi, juillet 03, 2006
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