mardi, octobre 17, 2006

Ma vie - 8

Après de longues semaines de silence, deux commentaires viennent d'être postés en réaction à la publication de l'arbre généalogique des kouchakji... Grâce à Suha qui m'écrit des Etats-Unis et à Georges qui m'envoie un mot de Suisse, je sors de ma torpeur. Il y a donc des lecteurs sur ce blog, il faut poursuivre la publication de la Vie d'Henri Kouchakji. Dans ce huitième épisode, le dernier concernant la vie de l'enfance, il raconte les années de pension, l'apprentissage de la langue, l'intégration en France.... où il est question de bonne éducation.

Ma vie (8) / Henry Kouchakji, 1932.

Combien de jours heureux ai-je passé en pension ? au milieu de camarades étrangers pour moi, me levant à six heures du matin, dans une ambiance monacale. J’étais avec mes deux frères les seuls syriens de l’école. Les premiers jours qui suivirent notre entrée furent difficiles. Nos camarades nous traitaient d’étrangers, nous pleurions et notre amour-propre était blessé mais lorsque quelque temps après, ils virent que nous étions forts, ils nous laissèrent tranquilles. J’étais pour ma part, très sociable et persévérant. Je m’étais promis de conquérir le cœur de mes camarades et un mois ne s’était pas écoulé, qu’en effet, j’en conquis un ou deux. Mes professeurs m’aimaient bien parce que j’étais presque toujours en tête de la classe – mes frères aussi – les maîtres nous donnaient en exemple. Je travaillais bien, j’étais sérieux, poli, doux, charitable.

Je sentais alors qu’on avait changé à mon égard et je n’avais plus de ressentiment pour ce qu’on m’avait infligé à mon arrivée. Je comprenais qu’il y avait eu dans leur conduite plus de bêtise que de méchanceté. En réalité, mon physique différent du leur, ma chevelure frisée, ma peau plus brune et mon nom qui semblait difficile à tout le monde, comme il l’est encore aujourd’hui pour bien des personnes, m’attiraient des ennuis.

Les années passèrent, six ans, me rendant de plus en plus populaire vis-à-vis de mes camarades, toujours premier en gymnastique, en écriture, en dessin, en histoire et géographie et mes camarades appréciaient ma force et mon habileté. De cette époque je me souviens surtout de trois de mes professeurs de première – dont l’un appelé Daniel, qu’on surnommait « Tolère », était d’une sévérité exemplaire mais professeur hors pair, ancien directeur du Collège Français de Mexico. C’est à lui que je suis redevable de ce que j’ai appris en français. Lorsqu’il faisait sa classe on entendait les mouches voler. Le professeur de mathématique par contre qui s’appelait Guittard et qu’on surnommait « Pétard » était d’une tolérance coupable. On travaillait mal avec lui, mais le troisième qui est resté dans mon souvenir sous le nom de « Poil d’œuf » n’avait pas un cheveu sur la tête. Ce qu’on lui fit endurer est inimaginable. On chantait à tue-tête, on causait entre élèves comme dans un parloir, c’était infernal. Que dieu ait son âme parce qu’il a mérité le ciel…


A suivre...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

CHERCHEZ LES KOUCHACJI AVEC UN C

Cécile K a dit…

Merci pour cette suggestion. Des "cousins lointains" m'ont déjà signalé une autre orthographe possible, Kushakji, qui ressemblerait aussi à la transcription d'une langue orientale. A suivre...