mercredi, octobre 25, 2006

Ma vie - 9

Dans les récits qui suivent, Henri évoque sa vie entre l'âge de 17 et 30 ans. C'est durant cette période qu'il participa aux affaires familiales dans le commerce des Antiquités. En sortant du lycée, il décide de parfaire sa culture, en autodidate pour commencer, puis de manière plus académique, à partir de 1921, année où il entre à l'Ecole du Louvre.

Ma vie (9) / Henri Kouchakji (1932)

Lorsque je sortis de collège à dix-sept ans, la grande guerre tirait à sa fin. Les alertes de Zeppelin et d’avions occupaient tous les esprits et la grosse Bertha bombardait Paris à heure fixe. Ce fut un cauchemar, que l’armistice du 11 novembre arrêta. Je n’avais plus envie de poursuivre mes études. Un ami me fit entrer dans une maison d’éditions qui publiait « Les veillées des chaumières » et « La semaine de Suzette ». C’est là que pendant trois ans, je connus celui qui devait m’initier à la littérature, un simple employé très modeste du nom de Faugeron. Je lui dois ma reconnaissance parce qu’il m’a permis d’achever ma culture. Il me fit lire les auteurs anciens : Epictète, Platon, Cicéron, Shakespeare, Dante, etc., les doctrines théosophiques, l’histoire des religions. Pendant trois ans, nous allions presque chaque soir à une conférence. Il m’apprit à les aimer et à m’intéresser à l’histoire. Je lus Plutarque, Xénophon, Polybe, Tacite, mais c’est Hérodote qui retint le plus mon attention. Chez moi, muni du grand dictionnaire Larousse, j’essayai de comprendre tous les noms propres qui s’y trouvaient. Je passai ainsi des nuits entières à m’instruire jusqu’au jour où un ami de mon père, Monsieur Durighello me proposa de m’inscrire à l’Ecole du Louvre.

Je passai dans cette école le meilleur de ma jeunesse, étudiant l’archéologie avec les professeurs les plus éminents de l’époque. Je connus la fine fleur de l’archéologie, presque tous membres de l’Institut :
- pour la Préhistoire, Salomon Reinach, Hubert et Lantier ;
- pour l’Egyptologie, Georges Bénédite, Moreux et Etienne Driotton ;
- pour l'Archéologie Orientale, René Dussaud, Georges Conteneau, Thureau Dangin, Edmond Pottier et Louis Delaporte ;
- pour l’Art Grec, M. Pottier, Merlin et Michon ;
- pour le Moyen Age, Marcel Aubert et Vitry ;
- pour les Arts Asiatiques, Georges Salles ;
- pour la peinture, M. Brière.

Monsieur Dussaud, en particulier, était non seulement pour moi le meilleur des maîtres, mais le plus charmant des amis. Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, je lui dois toutes mes connaissances archéologiques. Il fut mon directeur intellectuel pendant huit ans que durèrent mes études. Après les cours, j’allais dans son bureau du musée du Louvre et nous dissertions ensemble pendant des heures. Tout ce qui intéresse l’archéologie orientale, il le connaissait en grand érudit. En plus, c’était un homme habile, volontaire, plein d’expérience, parfois vif, emporté.


A suivre...

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